«Le coffre en bois est scellé avec une chaîne et placé sur un trottoir à proximité de La Planck. Déjà 10 jours et il n'a pas bougé. Je passe devant quotidiennement et j'aperçois les passants surpris, leur regard se fixe sur cet objet tandis qu'ils continuent de marcher. Sa présence est incongrue mais pas au point de susciter le vandalisme ou la suspicion... Nous sommes à proximité d'un chantier.

Jean-Baptiste Couronne intervient souvent dans l'espace public. En marquant le paysage, il prend la mesure du lieu et de son histoire de manière singulière. Quelques mois auparavant, il creusait un trou dans sa propre cave, réalisant un chantier archéologique à l'échelle de son habitation. De cette excavation, il ne restera que peu d'objets et peu d'images. Couronne interroge la notion de propriété, repousse les frontières entre espace privé et espace public et propose un usage des lieux. Il occupe le terrain en produisant des décalages parfois à peine sensibles, comme l'inscription datant du début du siècle "défense d'afficher" repeinte à l'identique. Cette restauration ravive la mémoire du lieu.

Jean-Baptiste Couronne qualifie ses interventions d'"actions" et utilise souvent courses titres des verbes à l'infinif : "Enrouler/Dérouler un rouleau d'adhésif" ou "Creuser/Reboucher". Ces actions sont réalisées en extérieur, il souhaite que les passants l'observent et que son geste, plus ou moins décalé, surprenne. Pour garder une trace, il se sert le plus souvent de la vidéo. L'artiste choisit son cadre, enregistre les actions dans leur durée puis restitue le film en boucle. Dans "Creuser/Reboucher", on le voit creuser jusqu'à disparaître de l'image puis reboucher son trou, ainsi de suite. "Coffre/r" évoque également un cycle mais contrairement aux autres actions, celle-ci a une fin : un coffre renfermant les outils ayant permis sa fabrication...

Ce coffre rappelle des sculptures plus anciennes de l'artiste, des formes minimales parallélépipédiques en contreplaqué. Pour les réaliser, il posait un plaquage brut sur des meubles standard. Critique à l'égard de l'esthétique minimaliste qui se voulait détachée de toute contingence, il proposait d'inverser les liens entre fonctionnalisme et esthétique. 

Attentif à l'histoire des formes, Couronne ne cesse de s'interroger sur la manière de restituer ses actions. Quelle forme donner à ces performances une fois réalisées ? Qu'en est-il de leur existence "séparée"... images, objets, traces, ou souvenirs ? Pour la première fois, son choix s'est porté sur le diaporama diffusé dans un cadre. Celui-ci devient alors un objet domestique susceptible de cohabiter durablement avec le spectateur.»

                                                       

                          Keren DETTON, à l'occasion de l'exposition à La Planck, Galerie Air de Paris

Les collages de Jean-Baptiste Couronne traitent du mode d’apparition des images. Pour cela, il utilise le hasard de façon méthodique. Chaque série est déterminée par une contrainte qui aboutit à une déconstruction de l’image. Le corpus d’images employé ici est issu d’ouvrages de seconde main, à la fois pour leurs poncifs et leur qualité d’impression.

Qualifier ces travaux sur papier de collage serait inexact puisque le premier geste opéré est une découpe. En effet, l’artiste retire à l’image des éléments de sa composition pour ensuite glisser en dessous une autre image, créant ainsi un creux dans le support au lieu d’un ajout. Le réel est dissout par ce processus de brouillage, comme un encodage dont on ignorait la clé.

Ce brouillage se retrouve également dans ses actions pratiquées en règle générale en milieu urbain. Il y déploie des gestes qu’il qualifie de micro perturbation (sceller, repeindre, dérouler). Ces gestes domestiques se retrouvent déplacés dans l’espace public. Cette décontextualisation offre un autre usage de la ville, un arrêt dans des lieux que bien souvent nous ne faisons que traverser. Les actions réalisées ici restent dans le cadre de la légalité. Ce parti pris questionne notre marge d’intervention possible dans un espace surveillé et contrôlé.

Jusqu’à présent l’artiste était le principal protagoniste sous l’oeil de la caméra. Aujourd’hui, il fait appel à son entourage. Une façon d’affirmer que ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le corps mais le déroulement d’un scénario et la possibilité que chacun puisse se le réapproprier. C’est aussi l’opportunité de provoquer un écart entre l’idée projetée et sa réalisation.

Les travaux plus anciens font explicitement référence à la sculpture minimaliste. Il en a repris les archétypes (empilements, grille, sérialité) en travaillant à partir de meubles standards ou encore des artefacts liés à l’architecture et à l’histoire, effectuant ainsi une mise à distance du dogme minimaliste excluant toute objectivité ou contingence.

La mémoire des lieux, des matériaux, des objets et des formes sont omniprésents et le terme réactivation revient régulièrement sous la forme de titre pour qualifier cet intérêt à mettre à jour l’altération et l’oubli.

                                                                                   

                                                                                                                                                                                 A. Cravan

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